Une déclaration de Samuel Eto’o a ravivé les tensions avec Alioum Sidi, président de l’Association camerounaise des arbitres de football. Accusé à demi-mot d’avoir tenté d’influencer des rencontres internationales, l’ancien arbitre international exige désormais des preuves et brandit la menace d’une action en justice.
Le football camerounais n’en a manifestement pas terminé avec ses querelles autour de l’arbitrage. Quelques mois après les tensions ayant opposé la Fédération camerounaise de football (FECAFOOT) à l’Association camerounaise des arbitres de football (ACAF), une nouvelle bataille s’ouvre entre les deux camps. Au centre de celle-ci : Samuel Eto’o et Alioum Sidi.
La dernière offensive est venue du président de la FECAFOOT. hier Mercredi 2 septembre 2026, lors de la cérémonie de sortie de la deuxième promotion des arbitres et arbitres assistants, Samuel Eto’o a livré une charge contre ce qu’il présente comme des comportements contraires aux intérêts du football camerounais.
Sans prononcer son nom, il a évoqué le cas d’un « ancien arbitre, militaire de son état » qui aurait tenté d’influencer la rencontre entre le Cameroun et l’Afrique du Sud lors de la CAN 2025, avant de, selon lui, « remettre ça » pendant la CAN féminine 2026 avec les Lionnes Indomptables. Dans le milieu du football camerounais, la référence à Alioum Sidi ne laisse guère de place au doute.
Cette fois, l’affaire ne relève plus d’une simple rumeur circulant en marge d’une compétition. Elle est portée publiquement par le président de la fédération, dans un cadre officiel et devant une nouvelle génération d’arbitres. C’est ce qui donne à la sortie de Samuel Eto’o une portée particulière.
Accuser un ancien arbitre international d’avoir cherché à influencer une rencontre au bénéfice d’une autre sélection revient à mettre en cause son intégrité professionnelle. La gravité de l’allégation explique aussi la rapidité avec laquelle Alioum Sidi a choisi de répondre. Le président de l’ACAF refuse de laisser l’accusation s’installer.
« Je rejette catégoriquement toute accusation tendant à me présenter comme ayant cherché à influencer une rencontre internationale au bénéfice d’une autre nation, ou comme ayant agi contre les intérêts de mon propre pays », affirme-t-il dans son communiqué. Alioum Sidi ne s’est donc pas contenté d’un démenti. Il a déplacé le débat sur le terrain de la preuve.
L’ancien arbitre international demande désormais à Samuel Eto’o de rendre publiques les preuves sur lesquelles reposent ses déclarations. C’est probablement le point le plus sensible de sa réponse. Alioum Sidi estime que des accusations aussi lourdes ne peuvent rester au stade de la déclaration publique.
Il réclame ainsi au président de la FECAFOOT de « produire les éléments objectifs sur lesquels reposent ses accusations ». Faute de quoi, il annonce son intention de saisir « toutes les voies de droit ».
Le ton est donné. L’ancien homme en noir rappelle par ailleurs les grandes étapes de sa carrière internationale, marquée notamment par sa présence sur plusieurs Coupes du Monde, Coupes d’Afrique des Nations et finales de Ligue des champions africaine. Il s’appuie sur ce parcours pour défendre une réputation construite, selon lui, autour de « l’intégrité, l’impartialité et le respect des règles ».
Derrière cette nouvelle polémique se trouve une relation qui s’est progressivement détériorée. Samuel Eto’o et Alioum Sidi ont pourtant travaillé ensemble dans le passé. Mais l’ancien arbitre, devenu président de l’ACAF, s’est retrouvé au cœur de plusieurs désaccords avec la FECAFOOT.
Le principal point de rupture est intervenu autour des revendications des arbitres camerounais. Sous la conduite de l’ACAF, un mot d’ordre de grève avait été lancé afin de réclamer le règlement d’environ 300 millions de FCFA d’arriérés d’indemnités de matchs, accumulés sur quatre saisons, ainsi que la mise à disposition d’équipements.
Cette mobilisation avait exposé au grand jour les difficultés qui traversent l’arbitrage camerounais : rémunération, conditions de travail, équipements, représentation des arbitres et rapports avec la fédération. Le conflit a depuis dépassé la seule question financière.
Le désaccord entre les deux structures s’est finalement transformé en bataille institutionnelle. L’ACAF et la FECAFOOT se retrouvent désormais devant le Tribunal arbitral du sport. C’est précisément ce contentieux que rappelle Alioum Sidi dans sa réponse à Samuel Eto’o.
Pour lui, les nouvelles accusations doivent être replacées dans ce contexte. Il existe donc désormais deux niveaux de confrontation : une bataille institutionnelle entre la fédération et l’association des arbitres, et un affrontement personnel de plus en plus visible entre leurs deux dirigeants.
Cette situation pose une question plus large : jusqu’où les désaccords entre les instances dirigeantes du football camerounais peuvent-ils s’étendre sans fragiliser davantage l’arbitrage national ?
Le paradoxe est saisissant. C’est au moment où la FECAFOOT met en avant la formation d’une nouvelle génération d’arbitres que le secteur se retrouve une nouvelle fois happé par une bataille entre dirigeants.
Pour les jeunes arbitres qui viennent de recevoir leur formation, le contexte est loin d’être anodin. Leur progression dépendra aussi de la capacité des différentes composantes du football camerounais à travailler dans un environnement stable.
La question n’est donc plus seulement de savoir si Alioum Sidi a été ou non impliqué dans les faits évoqués par Samuel Eto’o. Elle concerne également la manière dont les différends institutionnels sont désormais exposés publiquement et leurs conséquences sur l’image de l’arbitrage camerounais.
Samuel Eto’o a relancé une accusation que beaucoup pensaient appartenir au passé. Alioum Sidi a répondu en demandant des éléments concrets et en ouvrant la porte à une procédure judiciaire. Le prochain épisode pourrait donc se jouer loin des terrains.
Car une fois les accusations publiquement formulées, deux options se dessinent : soit des éléments viennent les étayer, soit le contentieux risque de prendre une nouvelle tournure juridique.
En attendant, le football camerounais assiste à une nouvelle confrontation entre deux personnalités qui ont longtemps évolué dans le même environnement. Une confrontation qui, au-delà d’Eto’o et d’Alioum Sidi, renvoie à une question essentielle : quelle place et quelle autonomie pour les arbitres dans la gouvernance du football camerounais ?





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