Le malaise qui entoure actuellement Victoria United prend une tournure inquiétante et profondément polémique. Après la lourde défaite concédée face à Aigle Royal de la Menoua (4-1) lors de la 18e journée de MTN Elite One il y’a quelques jours, le président du club de Limbé, Valentine Nkwain, a choisi de désigner publiquement plusieurs de ses propres joueurs comme responsables présumés d’une supposée manipulation de match. Une décision brutale qui secoue le football camerounais et soulève de nombreuses interrogations sur la gestion interne du club.
Selon la procédure engagée par le dirigeant, assisté de son conseil Maître Franck Romuald Dey Yelem, expert en droit du sport, six joueurs professionnels sont désormais visés par une requête en résiliation de contrat. Le motif avancé est particulièrement grave : les prestations des joueurs auraient été tellement mauvaises que « la seule conclusion » possible serait qu’ils auraient volontairement vendu la rencontre afin de faire perdre Victoria United. Une accusation extrêmement lourde, prononcée sans qu’aucune preuve publique concrète n’ait encore été exposée devant l’opinion.
Le président de Victoria United demande même l’application de l’article 53 du Code disciplinaire de la FECAFOOT, un texte qui sanctionne sévèrement toute manipulation de match. Les joueurs concernés risqueraient ainsi jusqu’à cinq ans d’interdiction de toute activité liée au football, une amende minimale de cinq millions de FCFA, voire une radiation à vie dans les cas les plus graves. À cela s’ajoute une demande de réparation financière d’un million de FCFA par joueur, en plus des dépens. Une offensive judiciaire et disciplinaire d’une violence rare dans le championnat camerounais.
Pourtant, plusieurs observateurs peinent à comprendre la logique d’une telle accusation. Comment expliquer que des joueurs qui venaient tout juste d’enchaîner deux victoires importantes à Garoua contre Gazelle FA et Coton Sport, sans encaisser le moindre but, soient soudainement transformés en “vendeurs de match” une semaine plus tard ? Comment les hommes présentés hier encore comme les piliers du projet deviennent-ils du jour au lendemain des suspects désignés à la vindicte populaire ?
Les noms ciblés ne sont pas ceux de joueurs anonymes ou marginaux dans l’effectif d’Opopo. Brayan Tchaha Nana est le meilleur buteur de l’équipe. Ashu Agbor est un titulaire indiscutable sur le côté droit. Sterly Peto s’était imposé comme l’une des révélations défensives de la saison. Carl Eyong dispute sa première saison en Elite One avec de belles promesses. Jason Mouelle Yomi gardait les cages du club avec régularité, tandis que Laurien Nguefack, présent depuis trois saisons, portait même le brassard de capitaine. Aujourd’hui, tous voient leur réputation publiquement fragilisée sur la base d’un simple soupçon lié à une contre-performance collective.
Cette affaire rappelle dangereusement le précédent Éric Parfait Djomeni. En 2025 déjà, l’ancien gardien avait été accusé dans des circonstances similaires avant de disparaître progressivement du football professionnel classique. Aujourd’hui engagé dans le football à 7 avec la sélection nationale de la discipline, son parcours illustre les conséquences irréversibles que peuvent produire de telles accusations lorsqu’elles sont lancées sans retenue dans l’espace public.
Au-delà des résultats sportifs, c’est désormais l’image même de Victoria United qui se retrouve sérieusement écornée. Car à force de chercher des coupables après chaque revers, le club donne l’impression d’un environnement où les joueurs peuvent être exposés et sacrifiés du jour au lendemain. Dans un championnat déjà fragilisé par le manque de stabilité, cette gestion par la suspicion permanente risque surtout de détruire des carrières, briser des réputations et accentuer encore davantage la crise de confiance qui entoure le football camerounais.



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